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Société et style de vie

Pressions sociales : ce qu’il faut savoir des paradoxes de nos valeurs africaines

27 octobre 2021, Seytoo
Pressions sociales : ce qu’il faut savoir des paradoxes de nos valeurs africaines

Paradoxalement chez nous, beaucoup s'entendent pour dire que les enfants n’ont plus le respect d’autrefois envers leurs parents, leurs enseignants ou les gens qui représentent l'autorité en général.

Voici un billet difficile à écrire mais à mon avis nécessaire. Parler de valeur n’est pas une mince tâche, mais après un mois et demi sur le territoire, j’ai décidé de vous partager certaines constatations. Les valeurs qui sautent aux yeux ici sont celles rattachées à la famille et à la religion. Mais, dans ce billet j'insisterai davantage sur la famille pour revenir plus tard, à la question religieuse.

Pour l’africain moyen, la famille est au centre de la vie et ce autant en ce qui à trait aux enfants qu’aux parents. Le seul fait d'avoir des enfants est considéré comme la priorité numéro un. D’ailleurs, la première question qui m'est le plus souvent posée quand je rencontre une personne africaine est de savoir si j’ai une progéniture. Ici, les enfants sont considérés comme la richesse de l’homme et la fierté de la femme. Aussi, les parents sont très respectés et jamais laissés à eux-même lorsqu'ils éprouvent des difficultés. Par rapport à notre style de vie en matière d'enfants, je dirais que l’on a très certainement à apprendre du modèle africain. En effet chez nous, on sous-contracte l’éducation des enfants en les envoyant à la garderie le plus tôt possible et il en est souvent de même avec nos ainés qu'on s'empresse de placer en maison de retraite. Certes mon constat de la société occidentale est plutôt sévère et je sais que beaucoup d’exceptions (qui ne constituent pas pour autant la norme) pourraient me faire mentir, mais reste que nos familles souffrent beaucoup trop. Et tout ça dans le but de soutenir un gros train de vie pour lequel souvent un seul salaire ne suffit pas. En ce qui concerne les ainés, bien que leur souhait le plus cher soit de conserver leur autonomie le plus longtemps possible, on est de plus en plus à vouloir de moins en moins les accueillir à la maison quand leurs capacités diminuent.

Bien entendu, le modèle africain n’est pas parfait non plus puisque la majorité des gens s’oublient comme individu pour donner priorité la famille. En fait, ici il n’y a pas de place pour l’individualisme. Alors que nous nous baladions en pirogue en Casamance, un français a demandé à Papis s'il était bien payé pour son travail de guide. Papis a répondu que le salaire n’est pas vraiment important; « je reçois un bon revenu, je paie mes dépenses de base et je donne ce qui reste à ma maman pour aider aux dépenses de la famille ». Et la grosse majorité des africains que j’ai rencontrés dans les villes tiennent un discours similaire. Ils envoient tous une partie de leur revenu à la maison familiale. Dans le même ordre d’idées, les expatriés africains envoient pour leur part, beaucoup d’argent par les systèmes de transfert comme Western Union ou Money gram. D’ailleurs, cet argent compte généralement pour une grosse partie de l’économie africaine. Cette vision solidaire de la famille peut sembler être un frein au développement individuel, car l’effort personnel ne donne pas nécessairement un retour direct à l’individu. Beaucoup perdent leur motivation à travailler fort, car même en travaillant plus ils constatent qu'ils ne peuvent pas voir de résultat tangible dans leur qualité de vie personnelle. Pour ces derniers, bien que l'argent envoyé permet à chaque membre de leur famille de vivre mieux, l'évolution de leur situation personnelle est beaucoup moins rapide que dans le monde individualiste dans lequel ils ont choisi de vivre et qui donne envie.

L’africain qui essaye de se dissocier de sa famille dans le but de refaire sa vie et de suivre le modèle occidentale risque gros et est trop souvent très mal vu par ses proches. S’il reste en Afrique et se démarque par un certain succès, ses pairs essayeront inévitablement de le tirer vers le bas en touchant à sa réputation. Certes, il aura toujours le choix de quitter et vivre sa vie ailleurs, mais dès son retour aux sources il sera sur-sollicité par ses proches qui le considéreront comme une poche sans fin. Et c'est principalement pour cette raison que très peu choisissent de revenir au bercail malgré la douleur que peut représenter l'idée de vivre loin des siens à jamais.

Ce lien familial peut aussi créer des problèmes en ce qui a trait aux relations de travail. Par exemple, quand un africain accède à un poste de pouvoir en Afrique, il fini toujours tôt ou tard par sentir une forte pression familiale pour permettre aux siens de profiter eux aussi de son pouvoir de gérance et ou d'influence dans l’entreprise qu’il gère ou qu'il dirige. Il se retrouve souvent dans l'obligation de calmer des conflits de travail, car l’embauche d'un membre de la famille ne rime pas nécessairement avec compétence pour le poste. Malgré tout, même si l'individu embauché ne fait pas un bon travail, la pression familiale pour le garder rend quasi-impossible son congédiement. C'est difficile à comprendre quand chez nous on a toujours prétendu, qu’il faut éviter les liens familiaux au travail dans le but de réduire les conflits potentiels et aussi un peu il faut bien l'avouer, pour préserver sa réputation.

Paradoxalement chez nous, beaucoup s'entendent pour dire que les enfants n’ont plus le respect d’autrefois envers leurs parents, leurs enseignants ou les gens qui représentent l'autorité en général. On prétend que les jeunes adultes ne reconnaissent plus en leurs ainés la source d’informations et de sagesse qu'ils avaient jusque là représentée. On les considère plutôt comme des gens dépassés qui ne comprennent rien à l’évolution.Les gens du troisième âge s’ennuient à mourir comme jamais auparavant. Les baby-boomers quant à eux, sont perçus comme des gens qui ne pensent qu’à leur retraite, leur sécurité financière et aux activités qu'ils pratiqueront une fois libérés de leur travail.

Enfin, ce texte se veut une réflexion suite à mes observations des faits, de mon expérience au Canada, des discussions que j’ai eues avec des américains, des européens, des asiatiques et dernièrement des africains. Comme on le sait tous, le système parfait n'existe pas, mais plus je fouille et plus je me rends compte que si on ne tend pas vers plus d’équilibre, notre monde ne pourra plus offrir aux générations qui poussent la qualité de vie qu'elles méritent. Certains diront que je suis utopiste et c’est peut-être vrai, mais regarder le monde aujourd’hui en tant que race humaine, aimez-vous la direction qu'elle prend?
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Ab
Abdolaye

Un article tres interessant. Tout est vrai, et parfois il est difficile d'avancer au Senegal a cause de ces pressions sociales.

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