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Quels sont ces défauts que tout Sénégalais doit corriger s’il tient vraiment à réussir ?

30 octobre 2021, Daouda
Quels sont ces défauts que tout Sénégalais doit corriger s’il tient vraiment à réussir ?

L'homme Sénégalais : du fatalisme en bandoulière (une question de responsabilité).

Fataliste et sujet à des comportements et attitudes peu vertueuses. Le portrait du Sénégalais que dressent les psychologues est peu reluisant. Pourtant, ce même homme sénégalais garde bonne presse auprès des étrangers qui lui reconnaissent une certaine ingéniosité, une intelligence voire un intellectualisme.

« C’était écrit là-haut ». Telle était la formule favorite de Jacques le Fataliste, le célèbre personnage de Denis Diderot, en guise de réponse à tous les événements. Que son cheval prenne-t-il subitement le mors et se précipite dans une fondrière...c’est parce que c’était écrit là-haut que cet animal le mènerait à cet endroit. Que des malfrats l’attaquent, le rouent de coups avant de prendre sa bourse, pas de quoi fouetter un chat...c’était aussi écrit là-haut !

Fataliste, le Sénégalais l’est aussi. Tout en ayant à l’esprit la difficulté de parler du Sénégalais, parce que chaque Sénégalais ayant une vie, un caractère et des croyances particulières, force est, cependant, de constater que le fatalisme est un trait de caractère largement répandu chez la plupart de nos compatriotes. Ici, tout s’explique par le fameux « ndogalu Yalla » (la volonté divine). Que de matière aurait Diderot s’il visitait le Sénégal d’aujourd’hui ! S’il ne s’agit nullement pour nous de nier le Destin -auquel nous croyons foncièrement comme tout bon croyant !- il ne faut pas non plus systématiquement écarter la responsabilité de l’homme. Sinon à quoi bon servirait le jugement dernier pour récompenser ou punir les uns et les autres de leurs actes ?

Mais à la décharge de son personnage (et du Sénégalais ?), Diderot écrit : « C’est que faute de savoir ce qui est écrit là-haut, on ne sait ni ce qu’on veut, ni ce qu’on fait, et qu’on suit sa fantaisie (le Destin pour l’homme sénégalais, Ndlr) qu’on appelle raison, ou sa raison qui n’est souvent qu’une dangereuse fantaisie ».

Fataliste, le Sénégalais l’est. Certes. Mais il en a bien d’autres traits de caractères. Dans un texte d’une profondeur psychologique remarquable, voici l’observation que le psychologue Mamadou Mbodj faisait de l’homme sénégalais lors d’une conférence organisée au lendemain du naufrage du bateau « Le Joola », pour « exorciser le mal qui est en chaque Sénégalais » : « aujourd’hui, le Sénégalais nous apparaît en position permanente de grand écart, empêtré qu’il est dans un ensemble d’attitudes, de comportements, de représentations, de croyances et d’aspirations fort contradictoires, comme si son seul salut était dans cet écartèlement manifestement si incommode. On a le désagréable sentiment que le Sénégalais a encore un pied plongé dans le passé, mais un passé marécageux et de sable mouvant où il a du mal à rester debout et à garder l’équilibre ; tandis que l’autre pied, loin devant, cherche à se poser dans un futur hypothétique qu’il perçoit comme un mirage ».

Spectateur médusé ou potentiel émigrant.

Depuis cette déclaration, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais le Sénégalais est resté inflexible, inoxydable face à la marche du temps. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a peu changé. D’ailleurs, ces propos du Pr Mbodj sont d’une redoutable actualité : « avec un tel écartèlement, il a du mal à saisir, à cerner le présent et le quotidien dont les lourdes contingences économiques, sociales et interrelationnelle, sont telles qu’il cherche à s’en échapper : soit en s’installant dans une position de spectateur impuissant, passif et médusé ; soit en cherchant son salut dans l’expatriation ou l’émigration ; soit en plongeant dans les pratiques et réflexes irrationnels les plus insensés ; soit en se blottissant dans les tranchées sécuritaires magico-religieuses ; soit enfin en se lançant dans le labyrinthe politique et le plus souvent, aux côtés du plus offrant bien sûr ». Des propos qui ne manquent pas quelque chose de prémonitoire à la vue du comportement de l’homo senegalensis aujourd’hui encore ! Alors que selon le psychologue Serigne Mor Mbaye, « l’homme sénégalais est encadré par l’incertitude, il est déboussolé ».

« Quelqu’un d’intelligent »

Voyons maintenant quelle image le Sénégalais se fait-il de lui-même. « J’associe l’image du Sénégalais à l’intelligence. Pour moi, l’homme sénégalais, c’est quelqu’un de très rusé », explique Mamadou Bâ, étudiant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Nombrilisme, narcissisme ou réalité ? En effet, les Sénégalais se sont toujours vantés d’être les plus intelligents et les plus civilisés des Africains. Les dirigeants sénégalais se sont toujours félicités de disposer des meilleures ressources humaines en Afrique. « Nous n’avons ni pétrole, ni autres ressources naturelles, mais nous avons des ressources humaines de qualité », ont-ils l’habitude de clamer avec fierté. On pousse ce narcissisme jusqu’à affirmer que les Sénégalais sont les plus beaux d’Afrique ! Et certains Africains semblent accepter ce fait.
« Je ne sais pas si c’est un complexe d’infériorité, mais au Mali, le Sénégalais est perçu comme un intellectuel, comme étant quelqu’un de très intelligent », avoue Mouhamed Boua, un ressortissant malien. Et Nelson Mandela, l’icône de la lutte anti-apartheid, en souvenir de son passage à Dakar à la recherche de soutien pour son combat, écrivait ceci dans sa biographie : « Les hommes et les femmes sénégalais sont les plus beaux d’Afrique... ». Mais l’intellectualisme ou l’intelligence du Sénégalais a quelque chose de mesquine. Elle a souvent des relents de roublardise. « Le Sénégalais, quand il traite avec quelqu’un, il peut facilement le rouler dans la farine », reconnaît Mamadou Bâ.

Grand travailleur mais peu économe

D’autres voient l’homme sénégalais comme étant quelqu’un qui aime la facilité. C’est ce que semble dire Cheikh Abiboullah Dièye, responsable politique. Selon lui, « l’homme sénégalais est tiraillé entre les valeurs positives du passé et différentes tentations, parce que taraudé par la crise. C’est pourquoi, dit-il, il y a une tendance à céder à la facilité ». C’est aussi, l’avis du psychologue Serigne Lahbib Ndiaye. « Pour moi, le Sénégalais c’est quelqu’un qui aime s’enrichir mais sans travailler durement », juge-t-il. Mais cette idée semble être un peu nuancée par l’économiste Ablaye Cheikh Diagne, chef du Département Analyses de la Faculté des Sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Ucad. Selon lui, « le Sénégalais est un grand travailleur mais il est peu économe. Il n’a pas le sens de l’épargne.

Il consomme tous les fruits de son travail notamment durant les fêtes ». Conséquence : « Il ne peut pas investir. Et l’épargne, c’est le moteur de la croissance économique ». Mais le Pr Diagne estime que cette situation est en train de changer petit à petit avec les « tontines » qui constituent une forme d’épargne plutôt pratiquée par les femmes. Cependant, en bon observateur des comportements économiques de ses concitoyens, le Pr Diagne reconnaît que l’homme sénégalais traîne un certains nombres de tares peu propices au développement. Ces tares sont : retard et absentéisme au travail, tâche bâclée, etc. Des tares qu’il met sur le compte du « système ».

Toutefois, selon les psychologues que nous avons interrogé, la liste de ces tares est beaucoup plus longue : immobilisme, improvisation, insouciance, mollesse, passivité, malhonnêteté, mauvaise foi, paresse, attentisme, manque d’engouement pour le travail et le travail bien fait, cupidité, insolence, incivisme, opportunisme, indiscipline, ostentation, etc., sont autant de tares qu’ils collent à l’image du Sénégalais.

Pourtant, ses voisins africains ont une opinion plutôt favorable du Sénégalais. « Les Maliens ont une bonne perception du Sénégalais. Là-bas, on dit que « Gorgui (appellation du Sénégalais au Mali), c’est un travailleur. On lui reconnaît une certaine ingéniosité dans le travail. Par exemple, lors des fêtes, les tailleurs sénégalais installés à Bamako sont débordés », confie Mouhamed Boua. En revanche, « ce que nous ne comprenons pas du Sénégalais, c’est son attachement excessif au marabout. Nous ne comprenons pas qu’il donne tout ce qu’il gagne à son marabout », ajoute-t-il. Paradoxalement, c’est El Hadji Omar Tall, symbole de l’Islam confrérique au Sénégal, qui a islamisé une bonne partie du Mali.

Le Sénégalais est ouvert.

Cependant, malgré la crise des valeurs, malgré les multiples tares qu’il traîne, l’homme sénégalais garde toujours un certain nombre de vertus. « C’est quelqu’un qui accepte l’autre », reconnaît Cheikh Abiboullah Dièye. C’est sans doute pour cette tolérance et cette ouverture d’esprit qu’il est apprécié par l’étranger. « Ce que j’ai adoré au Sénégal, en plus des vêtements colorés des femmes et des habits traditionnels des hommes, c’est que les gens sont tellement ouverts et veulent savoir tout de toi, j’ai même vu des personnes se fâcher contre moi parce que je ne leur ai pas donné la main. C’est tout le contraire d’un pays comme je Kenya -que j’ai visité- où les gens sont superficielles, avares et extrêmement timides à l’égard des Blancs », témoigne Helen, une ressortissante européenne.

Donc, quoique sérieusement ébranlée par la crise économique et sociale, la « Téranga sénégalaise » n’est pas encore un vain mot. Mais attention, nous dit le psychologue Serigne Mor Mbaye, la plupart des valeurs que nous revendiquons, souvent avec ostentation, ne sont pas l’apanage du Sénégalais. « Les valeurs de « djom » (courage), de « kersa » (pudeur) ou encore de « ngor » (honneur) sont en réalité universelles et elles ne signifient plus grand-chose au Sénégal puisque les actes et les comportements sont de plus en plus aux antipodes de ces valeurs », dit-il.

Alors, comment remettre sur les rails ce Sénégalais « fait de fragilité, d’angoisse et de ruptures » engendrées par une déliquescence des valeurs, une perte de repères et de référents culturels dont parlait le Pr Mbodj ? Faut-il, comme le préconise Serigne Mor Mbaye, organiser un « ndeup » (séance de catharsis chez les Lébous) national ? Il faut, donc, nécessairement rompre avec cet état de fait que dénonçait le Pr Mbodj. « Jusqu’à présent, disait-il, beaucoup d’entre nous donnaient l’impression de ne pas se sentir nullement interpellés ni concernés par ce que ce pays pourrait devenir, ni par ce que ce pays risquerait de devenir ! Comme s’il appartenait à d’autres de construire le Sénégal d’aujourd’hui et de demain à notre place. Comme s’il appartenait enfin à d’autres aux pouvoirs miraculeux qui, par une prière ou par une bénédiction, parce qu’ils auront foulé du pied notre terre, pourraient projeter le pays dans un Eden terrestre d’où disparaîtraient la faim, la maladie, la misère, l’analphabétisme, l’ignorance, l’obscurantisme, la guerre, la violence, le sous-développement en un mot, sans que nous ayons à lever le petit doigt ». Une chose est sûre : « on ne peut pas rester le même alors que les structures qui nous portent vacillent ou volent en éclats », avertit Mamadou Mbodj.

Pour l’étudiant L. Diédhiou, il faut rompre avec le clientélisme politico-religieux. Il estime que les chefs religieux ont particulièrement le devoir d’œuvrer pour la construction d’un Sénégalais imbibé de valeurs positives. Les hommes politiques ne doivent pas aussi être en reste, ajoute Cheikh Abiboullah Dièye. « Cet homme sénégalais modèle dort en chacun de nous. L’action des élites politiques est indispensable pour le conduire vers cette direction », dit-il.
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