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Analyses

Un enfer, c’est ce que vivent ces enfants Sénégalais à Guédiawaye !

17 avril 2021, Diarra
Un enfer, c’est ce que vivent ces enfants Sénégalais à Guédiawaye !

Venus d’horizons lointains, de jeunes talibés de la banlieue dakaroise peinent à amasser la somme d’argent exigée quotidiennement par leurs marabouts au risque de recevoir une sévère correction. Et en dépit des nombreux risques encourus.

A 200m, sur la même route qui relie Lycée Limamoulaye de Guédiawaye au marché Mame Diarra, s’offre Marché Bou bééss. Grouillant de monde en cette après midi, où les rayons du soleil heurtent de plein fouet acheteurs et vendeurs, Marché Bou Bééss de Guediawaye subit les bruits assourdissants des cars rapides qui polluent l’atmosphère de leurs rejets toxiques. Comme à l’accoutumée, les étalages truffés de marchandises de tout genre ornent ses allées. Trouvé sur place, un talibé es drapé d’un T-shirt marron et d’une culotte déchirée, qui exposent son intimité aux regards des passants. Rôdant aux alentours des cantines et étals, ibrahima Diallo essuie son visage en sueur avec ses habits tachetés d’huile culinaire et noircis par la poussière. Pieds nus, cet orphelin de mère, âgé de 5 ans seulement à la peau crasseuse, traine à la jambe gauche une plaie qui ne laisse personne indifférent. Pensionnaire du dara d’Abdou Diallo de Guédiawaye, ce gamin verse quotidiennement 200F à son maitre.

A défaut ce sont de violents coups de fouets du caissier Fodé qui vont siffler sur son frêle dos. Comme c’est des fois le cas. « Je ne parviens pas à chaque fois à réunir cette somme. J’ai été plusieurs fois tabassé très fort par Fodé sous les directives du maitre, à coups de fouets, sur le dos », raconte presque en larmes le petit Diallo. Venue de sa Gambie natale, Ibrahima, après avoir été interné dans cette école coranique il y’a trois ans, n’a plus revu l’ombre de ses parents qui ne semblent guère se soucier de ses conditions d’existence. « Mon père n’a jamais tenté de vérifier mes conditions de vie ici », regrette-t-il avant de préciser que son géniteur l’a amené à Dakar pour lui aussi se faire de l’argent.

Kéba est dans la même situation qu’Ibrahima. Trouvé dans une boutique en quête de pitance, Kéba, armé d’un pot de tomate en guise de sébile où trônent quelques jetons, a lui l’obligation de verser une rançon quotidienne de 400 Fcfa s’il veut éviter le fouet. Quid du temps consacré à l’apprentissage du Coran ? L’emploi du temps des talibés est presque identique. Ils apprennent le Coran au petit matin avant d’aller mendier pour se procurer le petit déjeuner. A 10h, ils regagnent les daara pour replonger dans le livre saint jusqu’à 14h, heure à la quelle ils retournent taper à la porte des pieux pour quémander le repas de midi. Une heure suffit pour rentrer au bercail pour le 3éme round d’apprentissage du saint Coran jusqu’à 17h marquant le début de la tournée consacrée à amasser la rente journalière à verser au maitre coranique.

Daara d’Alpha Baldé situé en face du stade Amadou Barry, non loin du marché Sam Mbot 3. On a l’impression de débarquer dans un bâtiment en pleine construction. Pas de peinture, pas de murs. Une clôture faite de briques superposée sert de dortoir aux talibés. Trop méfiant, le maitre des lieux vérifie notre corps de métier s’assure d’abord de la qualité de son interlocuteur avant de se prononcer sur les accusations des disciples à leur endroit. Prenant le contrepied de ses talibés, il dit n’exiger aucune somme d’argent à ces derniers. Alors que toute autre est la version de son talibé Aliou Baldé, qui, après avoir aidé à localiser cette demeure a avancé : « il nous exige 500 Fcfa chaque sinon il nous violente, même s’il manque 25 Fcfa ». « Aucun repas ne nous est offert au daara. Il m’arrive de rester le ventre creux toute la journée. 17 h annonce le début de ma galère à la quête des 500 Fcfa », poursuit Baldé sur le ton du dépit.

Rencontré au croisement marché Sam, Mame Bass, âgée d’une dizaine d’années fréquente le daara de Serigne Mansour, basé à hauteur de la rotonde de P.A.I. Dans ce sanctuaire niché non loin du marché hebdomadaire du jeudi, 150 Fcfa suffisent pour esquiver la furie de la cravache. De plus ils ne sont pas imposés et le « Cheikh ne demande pas d’aller trouver cette somme tous les jours », renseigne Bass pour qui le Magal de Touba est l’unique occasion pour rencontrer son papa. De sa maman qui fréquente par moment Pikine Tali Bou Mak, en provenance de Touba le petit Bass se réjouit de recevoir de ses mains la somme de 500 F à chacune de leurs rencontres. Emacié par la faim et la fatigue qui se lisaient sur sa corpulence, Baye Zale Ndiaye se lamente d’avoir passé toutes les fêtes religieuses au daara. Ce bout de chou dont la maman, pourtant résidente de Bargny s’est éclipsée de son regard depuis deux ans, les seuls marques de tendresse qu’il reçoit proviennent de son père « qui me rend visite au dara et me gratifie d’un peu d’argent ».

Arrachés très tôt au douillet cocon familial, en mal d’affection et transformés en mendiants professionnels, les talibés sont également victimes de maltraitance de la part de leurs maitres. Selon un pensionnaire d’un daara sis à Guédiawaye, deux talibés ont été battus à mort par leurs maitres, l’année dernière. Leur faute : ne pas s’être acquitté de leur versement.
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